Ambassade itinérante de Délia

Récit de l’ambassade itinérante d’un an réalisée par Délia QUERBOUET au profit des Associations membres d’ESPPER au Népal – en Inde – au Burkina Faso – au Togo

Je suis intervenue comme ambassadrice d’ESPPER au cours de mon voyage associatif d’une année, entre octobre 2007 et novembre 2008, décidée et concoctée seule pour être proche des populations et des cultures des pays visités et pour apporter une contribution bénévole à de petites associations méritantes.
Joël Rousseau m’a communiqué les coordonnées des associations népalaises, indiennes, burkinabés et togolaises adhérentes ou en demande d’adhésion auprès de la Fédération, facilité les premiers contacts et cadré ma mission. Je devais être l’observatrice extérieure de la situation d’un pays au regard des enfants de la rue, et des modalités de leur prise en charge par les associations.
J’avoue avoir pris beaucoup de plaisir et d’intérêt à réaliser cette mission, qui s’est intégrée à des étapes avec d’autres partenaires intervenant dans des secteurs différents de celui des enfants de la rue.

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Pomme cannelle - Nepal

Ma première visite a été faite au Népal, auprès de l’association Pomme cannelle, à Katmandou. 80 enfants sont pris en charge à temps plein et 250 viennent chercher des soins médicaux, un repas et se laver de temps en temps. Le staff est composé d’anciens enfants des rues, qui réalisent entre autres des tournées le soir dans les quartiers les plus fréquentés par les touristes. Le tourisme sexuel est caché à Katmandou mais il existe. L’association tente d’inciter les filles à fuir la rue car elles sont les plus vulnérables.
Le retour en famille est tenté mais pas facile à concrétiser : l’alcoolémie et le remariage des familles pauvres induisent souvent une violence familiale, principale cause du phénomène des enfants de la rue au Népal.

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AFEA - Inde

Puis mes pas m’ont conduit à Bombay, dans un des 15 foyers de l’association Snehasadan, qui veut dire « la maison de l’amour », soutenue par l’AFEA en France. La plupart des foyers sont gérés par des laïques, sauf trois par des religieuses. Plusieurs foyers sont gérés par des couples d’anciens enfants des foyers. Je suis restée 3 semaines dans un foyer pour les garçons, géré par trois sœurs. Chaque soir, sœur cyrilla fait le point de la journée et laisse les enfants s’exprimer sur leur ressenti, avant de leur donner des conseils voir de leur faire des réprimandes si besoin.
Dans ces foyers de Snehasadan, j’ai vu beaucoup d’amour, de respect, de liberté d’expressions, de sourires, de rires… Ma présence a été bien accueillie par les enfants, qui découvrent que l’on peut venir à eux et leur accorder de l’attention et de l’amour, alors que leur première enfance n’a été que rejet et blessures de la part des adultes.
En Inde, c’est principalement la pauvreté qui fait fuir les enfants vers la rue : l’idyllique Bombay du Bollywood les séduit puis malheureusement ruine leurs rêves d’enfants.

Fin mai 2008, je change de Continent en commençant par le Burkina Faso. Le phénomène « enfants de la rue » s’amplifie au Burkina, à cause de l’éclatement de la cellule familiale : en ville les couples n’hésitent plus à divorcer et sont las de se supporter dans la cour commune toute la famille. Un autre phénomène est particulier à l’Afrique musulmane, celui des élèves de l’école coranique qui sont envoyés dans la rue par des maîtres sans scrupules pour mendier : les enfants fuient les contraintes et deviennent enfants de la rue. Au Burkina, la prostitution des jeunes filles augmente, les effets des mauvaises émissions TV sont néfastes, l’habillement des jeunes filles est plus provocant, tandis que la qualité de la scolarisation se détériore. La scolarisation des filles dans les villages dépasse rarement le primaire, car leur éducation n’est pas jugée prioritaire par les familles, et par manque de moyens financiers.

Les petites associations locales sont souvent « rackettées », quand leurs dossiers de financement ne sont carrément pas « perdus » et en tout cas pas prioritaires. Il manque également une qualité rédactionnelle pour monter des projets. Mais sur le terrain et concrètement, les petites associations rencontrées au Burkina sont dirigées par des gens investis et motivés, qui se battent au quotidien et agissent efficacement avec très peu de moyens financiers.

J’ai rencontré et travaillé au Burkina avec deux associations locales soutenues par l’association française Tissons. La première, l’association AAERO, intervient à Ouahigouya, au nord du pays. Son président, Moutaga Traoré, menuisier de formation, a ouvert son atelier de menuiserie aux enfants pour qu’ils puissent se former, qu’il a complété d’un atelier de soudure (en coopération avec "Tissons des Liens").

J’ai vu les enfants dormirent en soirée sur les étals en ciment du marché : en pleine nuit ils sont entre 100 et 150. Ils volent et font des petits boulots ingrats et mal rémunérés dans la journée pour se payer une séance de cinéma en soirée entre 100 et 300 FCFA. Puis ils prennent de la colle et s’endorment en tentant de ne pas penser au lendemain qui sera désespérément le même que la veille...

Les actions de l’association ne se limitent pas à l’écoute et à l’accueil d’enfants de la rue, car ses membres ont pris conscience de l’importance d’intervenir en amont, dans les villages pauvres, pour éviter ce qu’on nomme « la descente précoce » des jeunes dans la rue. C’est le cercle infernal : une famille pauvre, un village sans débouché professionnel, un jeune désœuvré sans avenir. Ce schéma conduit le jeune à fuir le village pour aller chercher sa subsistance en ville ; malheureusement bien souvent c’est la rue que le jeune va trouver, avec tous ses dangers : vol, prostitution, drogue.

La deuxième association, AMS, a été également créé par un ancien enfant de la rue, Marcel Sodré, qui a lui aussi ouvert son atelier, de couture cette fois, aux enfants de la rue qui sont douze actuellement à y travailler. Marcel est très fier de ce qu’il a réussi à faire à ce jour, et il souhaite développer d’autres actions en faveur des jeunes de la rue. Je respecte la mission qu’il s’est fixée de « récupérer » les jeunes délinquants en leur laissant une chance. Marcel souhaite ouvrir un lieu de formation pour d’autres enfants de la rue, avec des jeunes bénévoles déjà formés. Il cherche un local pour les accueillir, dispose de bonnes volontés mais pas des moyens financiers pour mettre en place son projet. La mode évolue vite en ville : j’ai eu déjà l’occasion d’admirer les tenues variées des femmes de Ouaga : simples pagnes colorés ou lumineux bazins, les femmes aiment s’habiller.

Il souhaite aussi mettre en place une exploitation de maraîchage, d’arbres fruitiers et d’élevage ovins au village de TOESSIN pour éviter la fuite des villages, en créant des AGR pour les mamans.

Cette tournée burkinabé m’a aussi donnée l’occasion de contrôler le sérieux d’associations demandeuses du soutien d’ESPPER, comme APGAS, pour laquelle j’ai émis un jugement très négatif devant leur politique d’élaboration de faux projets dans l’espoir d’obtenir des subventions qui ne seront profitables qu’à ses dirigeants.

Par contre, pour l’association ABOB à Ouaga, je peux résumer ses actions par « grand amour des enfants, mais lacunes administratives ». Dès mon premier séjour sur place, je suis émue de voir les grandes marmites surveillées de près par les 3 coépouses de Petit Léon, musulman polygame, et quelques femmes du quartier, qui permettent de nourrir les enfants et de vendre des portions pour alimenter la caisse de l’association. Petit Léon, grand monsieur longiligne, toujours entouré d’enfants de tous âges, s’occupe depuis plus de 30 ans d’une soixantaine d’enfants démunis. J’éprouve rapidement du respect pour cet homme illettré qui parvient à motiver les enfants à intégrer une scolarité normale, en les inscrivant de préférence dans des écoles privées pour qu’ils puissent bénéficier d’un bon enseignement. 23 enfants suivent les cours du primaire, 12 ceux du collège, 8 ceux du lycée et 3 sont à l’Université.
Je suis intervenue auprès de l’ONG PLAN BURKINA pour qu’elle verse la subvention promise de 5 millions de FCFA et en retard de 18 mois, suite à l’attribution d’un prix. Cette somme a permis à ABOB de réhabiliter le centre d’accueil et surtout les latrines, et de régler les frais de scolarité 2007/2008.
J’ai rédigé et déposé à l’ambassade de France un projet de création d’un nouvel établissement couplé d’un centre agro-pastoral, susceptible d’être financièrement autosuffisant. Le dossier n’a malheureusement pas été retenu à cause de restrictions budgétaires françaises. En attendant de contacter un autre financeur, j’ai fait obtenir une subvention de 3500 € par le LION’S CLUB de Melun Val de Seine pour régler les frais de scolarité 2008/2009.

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APPEL - Togo

Puis mon bâton de pèlerin m’a conduit au Togo, auprès de deux associations soutenues par le CSEL en France : Appel et Cajed, qui accueillent l’une des enfants démunis et l’autre des enfants de la rue. Les enfants de la rue sont passés de 1000 à 5000 en quelques années à Lomé. La cause principale en est l’éclatement de la cellule familiale et du couple parental.

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APPEL - Togo

Appel et Cajed ont connu des difficultés d’organisation et une baisse de leur soutien financier ces dernières années. Les deux structures sont néanmoins adaptées à l’accueil des enfants et les personnels sont motivés pour les soutenir efficacement. Les deux associations remettent à niveau les enfants avant de les envoyer à l’école, ce qui est très positif.

Ma tournée de visite m’a ensuite conduit auprès d’ASSAF, une association méritante de Tsévié, au nord de Lomé, qui s’autofinance par des soins dispensés en tradithérapie et par un périmètre maraicher.

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ASSAF - Togo

Assaf soutient et assiste les enfants, donne des cours informatiques gratuits aux jeunes grâce au don de 4 ordinateurs par un français, et réalise des interventions publiques pour responsabiliser les parents sur le respect des droits des enfants et sur le paludisme ou le VIH. Assaf cherche un financement pour construire un centre d’accueil et de transit pour les enfants sur un terrain dont elle est propriétaire.
J’ai envie de vous retranscrire des extraits du rapport demandé par le CAJED et établi par une sociologue ; qui écrit : “L’école peut être source d’anxiété supplémentaire pour ces enfants même pour les plus innocents. Ils ont de la peine à assimiler ce qu’on leur enseigne. Ils ont perdu le pouvoir de concentration. Les toits et les murs ne les intéressent pas, rien n’est comparable à la rue pour eux ; elle est une drogue. Dans la rue, tout est à l’état brut : la réalité, la nourriture, les regards, la solidarité. Rien n’est apprêté. Ils reçoivent tout en pleine figure : les surnoms agressifs, les rites impitoyables, les sarcasmes, la blessure qui ne guérit jamais, la brutalité, la grossièreté. Seule la rue est à eux : elle compense la solitude, l’exclusion, le manque d’amour.

Merci à Joël Rousseau, aux associations et aux enfants d’avoir contribué à faire de cette année sabbatique un formidable voyage humain.